Voilà 50 ans que Brain-sur-Vilaine et La Chapelle-Saint-Melaine sont de nouveau réunies au sein de La Chapelle-de-Brain. Pourquoi ont-elles été séparées pendant 100 ans ? Réponse.

Par Gwenaël Merret
Publié le 3 juil. 2026 à 18h45 sur actu.fr
Pourquoi la commune de Brain-sur-Vilaine s’est-elle trouvée coupée en deux pendant 100 ans ? Alors que La Chapelle-de-Brain était en fête ce samedi 4 juillet 2026 pour célébrer les 50 ans de la fusion, retour sur l’histoire tumultueuse de la commune avec Karine Dutemple, présidente de l’association des Rives de Gannedel.
Une seule et même commune pendant des siècles
« Brain-sur-Vilaine a été une seule commune pendant des siècles », assure Karine Dutemple. Jusqu’à 1876 où deux communes sont créées autour de deux bourgs. Le plus ancien à Brain, et un bourg récent situé à 5 km, qui s’est développé autour de l’église Saint-Melaine, elle-même édifiée à partir de 1872 à la place d’une chapelle construite en 1838, et dont la flèche du clocher est terminée en 1908.
Pourquoi une nouvelle église alors que celle de Brain-sur-Vilaine était antérieure au XVe siècle ? « À cause des événements survenus à Gannedel », sourit Karine Dutemple.
Tout part de Gannedel
Gannedel ? « C’est un village construit au pied de marais alimentés par un méandre de la Vilaine. Il est cité dans le Cartulaire de l’abbaye de Redon », ensemble de textes, chartes, actes notariés consignés pendant des siècles par les moines de l’abbaye fondée en 832 par Conwoïon. « Brain-sur-Vilaine a la particularité d’être gérée directement par l’abbaye de Redon. » Il n’y a pas de château, de noblesse et de servage comme dans les communes environnantes comme Renac. « Des textes mentionnent des moines vaseux à Brain, qui géraient les barrages faisant entrer ou sortir l’eau des douves. » Gannedel possède « une chapelle, ou une église ».
« La vie de Gannedel s’articulait autour des marais. Le village tirait ses revenus de la pêche, de la chasse et de l’agriculture. La pêche était plus importante en hiver, quand la Vilaine était en crue, la chasse et l’agriculture l’été quand l’eau se retirait. Bénéficiant des alluvions, la terre autour des marais avait une qualité exceptionnelle. »
Canaliser la Vilaine
« Tout commence quand les travaux de canalisation de la Vilaine arrivent. » Pendant des siècles, les fleuves sont des autoroutes de circulation. Redon est l’avant-port florissant de Rennes. Le roi de France « François 1er décide de remodeler la Vilaine au XVIe siècle entre Rennes et Messac. »
L’idée est de dompter le fleuve dont « le débit passe de 8 m3 par seconde en août à 180 m3 par seconde en février, voire à plus de 1 000 m3 par seconde en cas de forte crue », rappelle Karine Dutemple.
L’église incendiée
« Il reste un dernier tronçon au XVIIIe siècle entre Guipry et Redon. » Objectif : canaliser la Vilaine pour court-circuiter le méandre de Gannedel. « Le rocher de Painfaut est creusé, un travail titanesque terminé par un bataillon militaire. Ces travaux bouleversent complètement la vie des marais : l’eau ne passe plus ! Les habitants de Gannedel le vivent comme un terrible choc. » Au point de se révolter contre les autorités : En 1780, « l’église de Gannedel a été incendiée ».
Reconstruire… ailleurs
« Il est évident pour tous qu’il faut reconstruire l’église. » Un projet mis en sommeil par la Révolution française. Il faut attendre 1823 pour qu’une nouvelle chapelle soit édifiée. « Un prêtre décide de l’installer sur un sommet, près d’un moulin », un peu au milieu de nulle part. La chapelle est reconstruite en église à partir de 1872 dans le style néogothique. « C’est une époque très importante de reconstructions d’églises aux alentours » Un nouveau bourg se développe autour de la nouvelle église.
L’époque est florissante. « Les progrès de la médecine permettent de gagner en espérance de vie. La population augmente fortement, il y a de l’argent. » La commune compte alors plus de 2 000 habitants.
« L’essor de La Chapelle-Saint-Melaine a tendance à disqualifier le vieux bourg de Brain. Il se crée un antagonisme entre les deux bourgs. » Au point de provoquer leur scission en 1876.
De 2000 à 900 habitants en 100 ans
Ainsi, pendant une centaine d’années, les deux communes vivent séparément. Jusqu’à il y a cinquante ans. L’époque moderne, la diminution du taux de fécondité et l’exode rural ont fait leur œuvre. « En 1975, il ne reste plus que 230 habitants à Brain-sur-Vilaine et 670 à La Chapelle-Saint-Melaine. Il n’y a plus d’école à Brain, et l’école publique de La Chapelle a fermé. Il devient judicieux de mettre en commun les ressources et moyens administratifs. »
Article publié initialement sur actu.fr